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Passage à Winnipeg

Winnipeg devait être notre dernière escale avant notre retour à Montréal, mais elle sera l’avant-dernière car nous avons décidé à la dernière minute de faire un petit crochet par Guelph en Ontario. Le passage à Winnipeg fût très rapide, nous y sommes restés une seule journée à ne rien faire. Rien, ou presque. J’ai personnellement passé le plus clair de mon temps à me balancer dans le rocking-chair de notre hôtesse, au rythme des tangos qu’elle répétait avec son groupe durant l’après-midi. Et quand le groupe ne jouait pas, je rêvais simplement à ce que je ferai à mon retour au bercail. Parce qu’après six semaines passées loin de la maison et de mes trucs, cumulant l’inspiration sans pouvoir vraiment l’exprimer, les doigts finissent par démanger. Et après six semaines, ma liste ressemble à peu près à ça :

  • coder mon propre roguelike (un type de RPG ultra old-school en mode ASCII),
  • installer Linux sur mon laptop,
  • jouer à Mass Effect et à Fallout 3 (oui, je sais, il serait temps…),
  • regarder la fin de Freaks and Geeks et regarder la série animée Ranma,
  • me procurer un rocking-chair,
  • reprendre enfin l’entraînement de Silat après des mois d’abstinence,
  • aider Lise à mettre en place son atelier pour réparer les vélos,
  • manger des mastodontes avec mon pote Alex.

Mais tout ça sera pour le retour dans deux jours, car pour l’heure, je vais fermer le laptop et admirer les arbres ontariens dorés et roussis par l’automne qui défilent devant les fenêtres de train qui nous emmène à Guelph, dernière étape du séjour (si, si, cette fois c’est la bonne).

Saskatoon

Avant-dernière étape avant la fin du voyage. Notre séjour à Saskatoon a commencé par un choc thermique en descendant du train : il faisait -2 avec de la neige. Je ne m’attendais pas à avoir un avant-goût de l’hiver aussi tôt en ce début d’octobre. Nous nous sommes rendus d’un coup de taxi à la petite maison de l’amie qui nous hébergeait et c’est là que je découvrais dans la collection de DVD deux petits chef-d’œuvres télévisés : Degrassi Junior High (alias Mes Années Collèges) et Freaks and Geeks. Je connaissais bien sûr le premier pour l’avoir suivi assidûment pendant mon adolescence, fasciné par ses personnages vrais, d’une laideur adolescente qui ne triche pas, en proie à de vrais problèmes de collégiens dans un contexte plausible et bon enfant à la fois, loin des sitcoms en plastique à la Hélène et les Garçons. J’ai dévoré les neuf épisodes qu’offre le coffret DVD, non sans une certaine nostalgie en les redécouvrant 20 ans après. Je ne connaissais pas le second en revanche, mais ne pouvant m’empêcher de me reconnaître dans le titre, je me devais de le regarder aussi. La série met en scène une poignée de freaks, une autre de geeks et l’héroïne qui relève des deux à la fois. Je ne me suis identifié que trop bien aux personnages (y compris aux parents) et j’ai même pris du temps sur mon sommeil pour pouvoir en regarder un maximum avant notre départ. Malheureusement, la courté du séjour ne m’aura pas permis de voir tous les épisodes. Mais, à bon entendeur, c’est bientôt mon anniversaire !

J’imagine déjà la consternation de certains d’entre vous qui pensent que je n’ai fais que regarder la télé pendant mon séjour à Saskatoon. Détrompez-vous ! Au deuxième soir, nous sommes allés au théâtre pour voir Bonneau et la Bellehumeur, une pièce fransaskoise, les fransaskois étant les francophones du Saskatchewan. Elle relate un fait historique autour du chef métis Louis Riel qu’on apprend dans les écoles canadiennes, mais pas françaises. Leçon d’histoire canadienne pour moi donc qui ne savait rien de Riel, mais aussi pour les canadiens qui ont pu redécouvrir l’histoire du point de vue de Pascal Bonneau, d’origine québécoise, et de Marguerite Monet-dit-Bellehumeur, l’épouse de Louis Riel, plutôt que du point de vue du gouvernement Macdonald enseigné à l’école.

Le lendemain, nous passons du théâtre au cinéma, mais cette fois nous nous retrouvons du côté des artistes car nous jouons dans le court western muet tourné par un ami. Je n’en dirai pas plus car si un jour vous venez à le voir, vous m’en voudrez terriblement de vous en avoir parlé. En même temps, nous n’avons pas de très grands rôles, mais bon.

Nous quittons le plateau de cinéma, et passons maintenant à la peinture. La galerie d’art de Saskatoon expose l’œuvre de James Henderson, peintre écossais qui a mis en toile nombre de paysages de l’ouest canadien, pour la plupart du Saskatchewan, et aussi de portraits de chefs Indiens. Je décrirais l’œuvre par un simple et vulgaire « ça déboîte ». Mais alors que je me promène dans la galerie je reconnais le Lac Louise au clair de lune (et sans l’hôtel de luxe), puis d’autres paysages des montagnes rocheuses, puis la forêt de l’île de Vancouver, puis Victoria et je réalise que nous sommes allés aux mêmes endroits que l’artiste écossais et avons vu les mêmes choses, me rappelant la valeur de ce que nous avons vu, au cas où j’aurais pu oublier.

Et de la peinture nous sommes passés à la sculpture en visitant la ferme que possèdent d’autres amis à qui nous avons rendu visite. Située à une vingtaine de kilomètres au nord de Saskatoon et elle a été bâtie par le grand-père de notre ami qui n’était pas fermier mais artiste. La cour est donc parsemée de sculptures sorties pour la plupart de la fonderie qui s’y trouve. Mais la ferme n’héberge pas que des sculptures et nos amis. Deux ânes, un cochon, une jument, deux chiens, deux furets, deux lamas et un certain nombre de chats (leur nombre et leur discrétion m’ont gardé de les compter) y résident également. Je me flatte d’avoir remporté un grand succès auprès des bêtes qui appréciaient ma compagnie au point de trottiner de loin pour venir à ma rencontre et même de me gratifier d’un petit câlin pour les moins peureux. Je n’oublierai jamais ce moment où je contemplais le soleil couchant qui éclairait la plaine d’une lumière rougeâtre entre l’horizon et la couverture de nuages au côté de Tasha, la jument, qui regardait dans la même direction en m’écoutant lui parler de la chance qu’elle a d’habiter dans ce beau pays. Je regrette de ne pas avoir pu y passer plus de temps et d’y prendre un petit court d’équitation histoire d’apprécier un peu plus loin la compagnie de ma nouvelle amie équestre.

Encore une fois, c’est le cœur serré que nous devons quitter le lieu, mais plus forts de l’inspiration soufflée par les arts du Saskatchewan. J’emporterai aussi avec moi le rêve nouveau de pouvoir un jour chevaucher les prairies avec un cheval aussi gentil que Tasha.

D’un océan à l’autre

De Banff, retour à Jasper où le train nous attend pour nous emmener sur la côte Ouest, à Vancouver. Le passage à Vancouver sera bref, et tant mieux. La ville est bruyante, grise et pleine de chantiers pour un petit lifting à l’occasion des J.O. (mélange d’arène et de nationalisme que je déteste au plus haut point). Pour l’occasion, quelques lois anti sans-abris ont été mises en places pour les déporter vers de petites villes alentours, loin des regards des amateurs de sport et loin des objectifs des caméras. La classe! La ville a quand même un bon côté pour le peu que j’en ai vu, et non, ça n’est pas la myriade de compagnies de jeux vidéo, mais le parc Stanley. Laissé à l’état brut, le parc offre un bel et grand (pour une ville) échantillon de la forêt humide de la côte ouest avec ses immenses séquoias (qui d’après Lise ne sont pas si grands que ça pour des séquoias). Après avoir perdu et retrouvé notre chemin dans le grand parc, nous embarquons dans un bus qui nous emmène jusqu’au ferry qui lui-même nous emmènera jusqu’à l’ile de Vancouver où nous passerons une semaine chez des amis à Victoria, au bord de l’océan Pacifique, que je vois et touche pour la première fois de ma vie. Difficile de réaliser qu’un mois plus tôt j’avais les pieds dans l’océan Atlantique. Le troisième océan que touchent les côtes canadiennes sera pour un autre voyage où nous aurons intérêt à être bien équipés pour le froid.

Victoria est une belle petite ville. D’aucuns disent que c’est la ville parfaite pour élever des enfants et pour prendre sa retraite : c’est petit, mignon, calme, au bord de l’océan et à côté de la forêt de l’île de Vancouver… ça a son charme. Nous y passons une semaine chez des amis où nous sommes reçus comme des princes, voire des rois. Fait notable : nous sommes allés à un spectacle de caeleigh fiddling, gigue irlandaise, et j’ai dansé! Moi! C’est pas que je suis contre la danse, mais c’est toujours sur de la musique de merde qui me donne envie de vomir et commande à mon cerveau de ne pas me faire bouger à son rythme, ou sur de la musique qui implique des danses compliquées dont je ne connais pas les pas. Mais la gigue, c’est différent, c’est simple et entraînant, et en plus on nous a montré les pas! Et j’ai dansé comme un hobbit!…  sans même avoir bu le moindre verre! Ce voyage aura changé ma vie d’une façon innatendue, et c’est là la beauté des voyages : ils apportent souvent bien plus que ce pourquoi on les entreprend, des fois sans même obtenir ce qu’on en attendait.

Banff

La suite de notre voyage dans les montagnes rocheuses fut un peu plus étrange. Nos étapes sont le Lac Louise puis Banff, deux lieux hautement touristiques. Le Lac Louise est magnifique, belle petite étendue d’eau aux couleurs claires encaissée au milieu des montagnes. Magnifique, tant qu’on ne détourne pas le regard du lac. Mais si on se retourne, c’est un gigantesque hôtel de luxe qui est posé là, en regard du lac. La bâtisse est certes très belle de dehors (et de dedans ont pu me rapporter les filles qui s’y sont aventurées, moi j’ai préféré resté dehors en fumant des clopes), c’est juste dommage qu’elle vienne saccager le paysage et le priver de son essence naturelle en le souillant de son capitalisme de luxe. C’est dans les moments comme ça que je deviendrais druide extrémiste. Banff est un peu pareil, mais le contraste est moins marqué, c’est difficile de défigurer plusieurs monts à la fois. Je pense qu’à ce moment-là de notre séjour dans les rocheuses, je m’étais peut-être un peu trop habitué aux montagnes spectaculaires, n’y voyant moins ce qu’elles ont de beau que ce que les gens en ont fait de laid. C’est plus fort que moi, ça me dégoûte. Mais bon, le camping était sympa quand même.

Le Glacier Columbia

À une heure au sud de Jasper (qu’il ne fera pas trop froid) se trouve un glacier, le Glacier Columbia. Les montagnes rocheuses en comptent beaucoup. Certains ont fondu donnant naissance à de superbes lacs d’un bleu turquoise que la route longe pour en faire profiter les méchants automobilistes. La plupart des glaciers sont haut dans les montagnes et seuls les alpinistes chevronnés que nous ne sommes pas peuvent y accéder. Mais celui-ci tire la langue jusqu’à un kilomètre de la route. Il y a 100 ans, il traversait la route qui n’existait pas encore et depuis, il a reculé de 1500 mètres. Le glacier a reculé et le touriste a avancé. Face au glacier se trouve un complexe comprenant un restaurant, une boutique, un hôtel et un truc à touriste qui consiste à amener les gens sur le glacier à bord d’une sorte de bus lunaire aux roues géantes. Les posters montrent des groupes de gens exaltés trépignant le pauvre glacier qui n’en demandait probablement pas tant. Fait intéressant, sur l’une des photos on peut voir quelqu’un sucer un morceau de glace et sur l’autre, parmi un groupe de retraités l’une a l’air d’avoir choppé la courante… tu m’étonnes, à sucer un bout de ace de 100,000 ans, c’est un coup à choper un virus qui aurait donné la chiasse à un dinosaure, n’en déplaise aux créationnistes. Je me moque, mais, alors que nous avons dressé la tente dans le petit camping voisin à 2 kilomètres de là, un membre de notre équipe que je ne nommerai pas a été victime d’un incident gastro-entérique nous forçant à nous rabattre dans l’hôtel de l’horrible piège à touriste. C’était pas si pire, c’était pas si cher, le malade a pu se reposer avec un accès aisé aux toilettes, la petite a pu refaire son plein de télé (à base de Cosby Show et Prince Of Belair, s’il vous plait !) et au matin, la fenêtre nous a gratifiés d’une superbe vue sur le glacier et la montagne qui baignaient dans le soleil levant. Tout le monde étant rétabli, reposé et plein de télé, nous reprenons la route 93 à bord de notre fière Jeep et nous dirigeons plus au sud vers notre prochaine étape.

Les plus littéraires d’entre vous auront remarqué que les premiers articles étaient rédigés au présent alors que le plus récent est au passé. Et oui, las de l’hypocrisie de décrire des faits passés au présent, j’ai décidé d’y mettre fin en avouant que j’écris dans le train, souvent avec une semaine de retard. Le Canada est un grand pays et le train ne s’arrête pas toutes les heures ou presque comme en France, mais plutôt toutes les huit heures. Mais ils ont une chose en commun, il est interdit d’y fumer. Mais pourquoi ? Ça serait pourtant simple d’avoir des espaces ouverts à l’arrière du train là où la fumée ne dérangerait personne. En fait, certains trains de tourisme offrent ce privilège. Bien sûr on connaît tous la réponse et tout le monde la respecte : la fumée c’est dégueulasse, surtout pour les non fumeurs et les bougres se sont bien battus pour regagner leurs territoires d’air pur. Mais je trouve les mesures mises en place un peu trop violentes, voire fascistes. Pourquoi l’entreprise pour laquelle je travaille n’a plus le droit d’avoir un fumoir ? C’est un bâtiment privé, la salle était fermée et inodore de l’extérieur et je doute fortement que son existence et son utilisation ai jamais incité qui que ce soit à se mettre à fumer, et quand bien même, ma compagnie n’emploie que des adultes majeurs. Du coup, privés du fumoir, on va dehors, là où les non-fumeurs n’ont pas d’autre choix que de traverser le nuage des fumeurs pour se rendre à leur lieu de travail. Pareil pour les bars, depuis qu’il est interdit d’y fumer, l’air n’a jamais été aussi malsain à l’entrée, dans la rue, là ou même ma petite fille va profiter de la fumée alors qu’elle n’a pas le droit d’entrer dans l’établissement. En revanche, que ce soit dans un bar, un restaurant, un train, un avion ou une discothèque, là où on a poussé tous les fumeurs à aller fumer dans les pires endroits où tout le monde va en profiter, il est toujours autorisé de se soûler la gueule à ne plus pouvoir marcher et, la plupart du temps, d’y subir la musique de merde. Bon, le train arrive en gare, je vais m’en fumer deux ou trois avant le prochain départ.

Le train file dans les prairies, puis les prairies se transforment en collines et les collines en montagnes et le train arrive à Jasper. Le paysage est incroyable : la petite ville est cernée par les montagnes que la forêt borde et dont le sommet des plus hautes est recouvert de neiges éternelles. Nous louons une voiture pour arpenter les rocheuses (non sans un petit incident bancaire), mais pas n’importe laquelle: une Jeep Wrangler, une vraie, à la Mac Gyver, la classe américaine. À bord de notre nouvelle meilleure amie, nous nous dirigeons vers notre premier camp, Pocahontas, un petit camping dans les bois sur le flanc de la montagne. Nous sommes à peine sortis de Jasper et nous faisons déjà notre première rencontre sauvage : un groupe de chevreuils, un mâle et son harem. Nous nous contentons de les observer de loin, contrairement à la cinquantaine de touristes, qui caméra en main les mitraillent comme des paparazzis. Je ne saurais dire si c’est la bravoure, la soif de photo à poster sur Facebook ou la stupidité qui les a poussés à agir ainsi, mais j’ai quand même une petite idée. À l’automne, les chevreuils sont en rut. Ils sont aussi polygames, aiment leur harem et n’aiment pas le partager. Et pour assurer leur monopole, ils chargent tout ce qui bouge, cervidés ou non. Et assez vite le mâle du groupe nous en donne la preuve en chargeant ces cons de touristes (woops… je l’ai dit). Les moins cons d’entre eux fuient par les côtés, c’est-à-dire le long de la route, les autres fuient en arrière, sur la route. C’est malin, tout ça pour une photo. Choqués par le comportement des gens que le bon sens a oublié d’honorer, nous nous réfugions à Pocahontas où nous dressons le camp avant de nous faufiler un peu plus loin dans les montagnes pour aller faire trempette dans une station thermale. Pendant un moment, je me suis senti comme le singe de Baraca à contempler les montagnes qui cernent les bains fumants, le corps au chaud et la tête au frais. Nous retournons à la tente, faisons un petit feu de camp et nous endormons en position allongée, luxe extrême suite à la nuit passée à dormir recroquevillés dans le train comme des clandestins.

Un philosophe, dont j’ai oublié le nom, disait d’ignorer les pensées inquiétantes durant la nuit et de n’y réfléchir que durant le jour, car la lumière du jour est plus rassurante. Je suis plutôt d’accord avec le principe, sauf qu’il s’est avéré être faux cette nuit-là et le matin suivant. À peine débarqués dans les rocheuses, nous avons eu l’occasion de lire maintes brochures à propos des animaux sauvages qui rôdent dans la forêt, surtout à propos des ours affamés à l’automne et attirés par la moindre odeur de bouffe et des chevreuils en rut (étrangement aucune ne faisait référence aux castors mutants qui crachent de l’acide par les yeux). La raison aurait voulue qu’on flippe sa race durant la nuit à l’idée de se faire dévorer vivant pendant notre sommeil par disons un ours, mais non, on a dormi comme des loirs. Mais au matin, les bois ont pris une allure un peu plus inquiétante quand nous avons remarqué à la faveur du jour des traces de griffe d’ours sur l’arbre le plus proche de notre tente à 2 mètres du sol. Un examen plus approfondi des arbres alentours en révèleront d’autres. Je me rassurais en me disant : « Mais non, c’est sûrement mon ami Wolverine qui a marqué l’arbre de ses griffes en adamantine un matin en s’étirant… ». Je n’ai pourtant pu convaincre Lise ou Keegan et c’est ainsi que nous avons quitté ce charmant petit camp pour reprendre la route vers le sud. Désormais, je comprenais mieux le sens du panneau à l’entrée du camping qui disait « Attention ! Vous êtes au pays des Ours. »